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Blog mis à jour: 05/09/2008 13:51






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02/08/2008 10:12
Duroy Lionel, Méfiez-vous des écrivains (0 commentaire)

"— Ta blanquette est délicieuse, mon chéri, dit-elle mécaniquement.
Alors il secoua l’échine, parut revenir à lui, et Cécile reçut avec soulagement sa grimace de reconnaissance.
— Absolument délicieuse, confirma Luc."

Interrogation d’Oriane (Bic rouge): la littérature a-t-elle besoin de blanquette? De sexe, oui; de violence, oui; de passion, oui; de rage même, de détestation, de rupture… de tout ce que l’on ne trouve pas dans la blanquette, ce plat mou et sans piments. Je ne veux pas écrire comme ça, je veux gommer ces moments plats de texte qui, sous prétexte de réalisme, affadissent tous les écrits. Je cherche une autre forme, une autre force…





13/07/2008 15:21
Constant Benjamin, Adolphe (0 commentaire)

"Il y avait dans la voix et dans le ton d'Oriane je ne sais quoi d'âpre et de violent qui annonçait plutôt une détermination ferme qu'une émotion profonde ou touchante. Depuis quelque temps elle s'irritait d'avance lorsqu'elle me demandait quelque chose, comme si je le lui avais déjà refusé. Elle disposait de mes actions, mais elle savait que mon jugement les démentait. Elle aurait voulu pénétrer dans le sanctuaire intime de ma pensée pour y briser une opposition sourde qui la révoltait contre moi. Je lui parlai de ma situation, du vœu de mon père, de mon propre désir; je priai, je m'emportai. Oriane fut inébranlable. Je voulus réveiller sa générosité, comme si l'amour n'était pas de tous les sentiments le plus égoïste, et, par conséquent, lorsqu'il est blessé, le moins généreux. Je tâchais par un effort bizarre de l'attendrir sur le malheur que j'éprouvais en restant près d'elle; je ne parvins qu'à l'exaspérer. Je lui promis d'aller la voir en Pologne; mais elle ne vit dans mes promesses, sans épanchement et sans abandon, que l'impatience de la quitter."

Interrogation d’Oriane (feutre vert) : je me demande depuis le début (écrire un roman implique de vivre dans le monde que l’on veut créer et occupe toutes les pensées de l’écrivain) si je ne devrais pas donner parfois la parole aux personnages. Je verrais très bien mon mari, le Général, se poser ce genre de questions à mon propos, il suffirait d’enlever «du vœu de mon père» et remplacer eb Pologne par "dans le Lubéron".





30/06/2008 9:08
Stendhal, Vanina Vanini (0 commentaire)

"Il s'approcha à pas de loup de la fenêtre qui était encore ouverte. Une persienne servit à le cacher. Au fond de la chambre il y avait un lit et quelqu'un dans ce lit. Son premier mouvement fut de se retirer; mais il aperçut une robe de femme jetée sur la chaise. En regardant mieux la personne qui était au lit, il vit qu'elle était blonde, et apparemment fort jeune. Il ne douta plus que ce ne fût une femme. La robe jetée sur une chaise était ensanglantée; il y avait aussi du sang sur des souliers de femme placés sur une table. L'inconnue fit un mouvement; il s'aperçut qu'elle était blessée. Un grand linge taché de sang couvrait sa poitrine; ce linge n'était fixé que par des rubans; ce n'était pas la main d'un chirurgien qui l'avait placé ainsi."

Interrogation d’Oriane (Bic mauve): première rencontre de Saint-Loup avec une inconnue dans une chambre d’hôtel à Moscou alors qu’il était en Russie pour son premier voyage. Le portier de l’Ukraïna venait de lui remettre une clef et il ne comprit pas d’abord ce que faisait cette jeune femme dans une chambre qu’il croyait être la sienne.





14/05/2008 7:25
Dumas Alexandre père, La femme au collier de velours (0 commentaire)

"Aussi il tombait à Nodier de ces hasards comme il n'en tombe qu'aux hommes de génie. Un jour qu'il cherchait des lépidoptères, c'était pendant son séjour en Styrie, pays des roches granitiques et des arbres séculaires, il monta contre un arbre afin d'atteindre une cavité qu'il apercevait, fourra sa main dans cette cavité, comme il avait l'habitude de le faire, et cela assez imprudemment, car un jour il retira d'une cavité pareille son bras enrichi d'un serpent qui s'était enroulé à l'entour ; un jour donc qu'ayant trouvé une cavité il fourrait sa main dans cette cavité, il sentit quelque chose de flasque, et de gluant qui cédait à la pression de ses doigts. Il ramena vivement sa main à lui, et regarda: deux yeux brillaient d'un feu terne au fond de cette cavité. Nodier croyait au diable; aussi, en voyant ces deux yeux qui ne ressemblaient pas mal aux yeux de braise de Charon, comme dit Dante, Nodier commença par s'enfuir, puis il réfléchit, se ravisa, prit une hachette, et, mesurant la profondeur du trou, il commença de faire une ouverture à l'endroit où il présumait que devait se trouver cet objet inconnu.
Au cinquième ou sixième coup de hache qu'il frappa, le sang coula de l'arbre, ni plus ni moins que, sous l'épée de Tancrède, le sang coula de la forêt enchantée du Tasse. Mais ce ne fut pas une belle guerrière qui lui apparut, ce fut un énorme crapaud encastré dans l'arbre où, sans doute, il avait été emporté par le vent quand il était de la taille d'une abeille. Depuis combien de temps était-il là?"

Interrogation d’Oriane (crayon de papier noir 2B): Saint-Loup m’a rapporté une anecdote presque semblable un jour où il me racontait combien, enfant, il était audacieux… mais ce qu’il avait trouvé dans l’arbre creux ce n’était pas un serpent mais un écureuil (qui l’avait mordu) ni un crapaud qu’il aurait dégagé à coup de hache, mais les œufs fragiles d’un nid d’oiseau qui s’étaient brisés sous la pression de ses doigts.


08/12/2007 11:11
Marquis d’Argens JB, Lettres Juives (Trad. (0 commentaire)
"J'ai examiné avec attention, mon cher Monceca, la lettre dans laquelle tu me proposes les difficultés que tu trouves dans le sentiment qui n'admet point que la pensée actuelle soit l'essence de l'âme. Après avoir comparé tes objections avec celles de Locke, je suis resté persuadé que c'étoit avec beaucoup de fondement, que
 
ce sage philosophe soutenoit qu'il y avoit apparence que l'ame étoit quelquefois d'assez longs intervalles sans penser.

La comparaison que tu fais de l'étendue, essence de la matière, avec la pensée actuelle, essence de l'ame, ne me paroît ni juste ni convaincante. Je puis te nier d'abord que l'étendue soit l'essence de la matière; & de te dire, que loin que tu puisses connoître ce qui constitue une chose spirituelle, tu ignores même ce qui fait le premier principe des êtres matériels. Descartes, dit un philosophe moderne, fait consister l'essence du corps dans l'extension, & conclut ensuite, que par-tout il y a de l'étendue où il y a de la matière... Je demande d'abord, quelle est la raison pourquoi l'extension doit constituer la nature & l'essence du corps plutôt que la solidité ou quelqu'autre qualité essentielle à la matière?"

Interrogation d’Oriane (feutre fin vert) : ces problèmes métaphysiques m’ont un temps fasciné. Moins que
Saint-Loup, mon amant d’alors, certes mais suffisamment pour me permettre d’oublier l’inconfort où j’étais avec le général. Ma rencontre avec Elstir m’a amené à penser à autre chose et notamment que l’âme, occupée de sensualité, pouvait en effet rester assez longtemps sans penser.

19/07/2007 7:05
Handschin PNA, La musique (0 commentaire)
"…et le silence interrompt La Bohème et La Walkyrie est pourtant l’opéra-rock préféré de Respighi et Reich propose de la glace à Glass et Jonasz entend sonner le glas glace Astaire et Sclavis joue au handball avec Haendel adule Adams et Aïda darde sur Davis des regards aigus et d’une voix dure dit « Qu’on le veuille ou non le drame wagnérien tragit une continuelle enflure » en enfilant sa minijupe en skaï estomaque McCartney et Mariano macadamise alors McLaughin balbutie et hausse les épaules et le ton est un intervalle primordial correspondant à une seconde plagale sur l’échelle de Sviatoslav Richter croule sous le poids plume de Monte La Monte Young et Montéclair…"

Interrogation d’Oriane (encre noire) :  quatre vingt dix pages d’écriture hallucinée et associative jouant sur quelques rebondissements syntaxiques balançant une phrase sur la suivante sans reprise de souffle. Pourquoi pas ? Je suis frappée de voir combien d’auteurs qui se veulent dans une modernité exigeante refuse le sens pour une fuite en avant dans quelque chose comme une transe d’écriture élémentaire. En ce qui me concerne ce n’est pas ce que je cherche et j’avoue ne pas vraiment en comprendre l’intérêt… Mais j’ai l’esprit ouvert (je crois).



24/04/2007 5:51
Poe Edgar, La lettre volée (Trad. C Baudelaire) (0 commentaire)
"Le monde matériel, continua Dupin, est plein d’analogies exactes avec l’immatériel, et c’est ce qui donne une couleur de vérité à ce dogme de rhétorique qu’une métaphore ou une comparaison peut fortifier un argument aussi bien qu’embellir une description."

Interrogation d’Oriane (feutre vert) : tout ceci repose bien entendu sur deux idées, d’abord qu’il y a une vérité à atteindre et qui peut être dite, ensuite que la littérature peut réussir à transmettre cette vérité, mieux peut-être que n’importe quel moyen de communication… Je suis hésitante sur ces deux points… D’une part je ne crois pas qu’il y ait des vérités à transmettre mais simplement que nous vivons tâtonnants au milieu d’un univers d’approximations où nous nous dirigeons largement au hasard; d’autre part je ne crois pas que la littérature ait d’autres fonction que le pur jeu des mots.

01/04/2007 10:39
Mishima Yukio, Le tumulte des flots (Trad. G Renondeau) (0 commentaire)
"Le Kamikaze-Maru laissa l’île de Suga à tribord et l’île de Tôshi à babord. Quand on avait passé ces deux îles qui encadraient le détroit, quelque calme que fût le temps, des vagues furieuses faisaient craquer les membrures du bateau. A partir de ce point de nombreux cormorans nageaient dans le creux des vagues. Plus loin vers l’océan on apercevait les rochers des hauts-fonds d’Oki."

Interrogation d’Oriane (feutre rose) : intéressante cette bluette car elle pose avec évidence la question du vide et du plein en littérature, donc de son utilité-inutilité. Au-delà de ce que barthes appelait la «catalyse», il faut toujours se demander à «à quoi, à qui… sert ce qui est écrit là ?». Je n’ai toujours pas la réponse.

29/03/2007 12:20
Marias Javier, Demain dans la bataille pense à moi(Trad. A Keruzoré) (0 commentaire)
"Tout s’achemine vers l’évanescence et se perd et peu de choses laissent des traces,

surtout si elles ne se répètent pas, si elles arrivent une seule fois et ne reviennent pas, de même que celles qui s’installent trop aisément et reviennent chaque jour et se juxtaposent, elles non plus ne laissent pas de traces."

Interrogation d’Oriane (Crayon de papier noir, une fin de texte semble avoir été gommée): Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les choses ne laisseraient donc pas de traces parce qu’elles mutent, deviennent à tout instant d’autres choses, elles-mêmes aussi peu sûres, évanescentes, fragiles : la vie serait une succession de fragilités? Certainement ! C’est, peut-être, ce qui en fait le charme et la beauté, cette réalité de la transition entre deux événements qui n’est en fait que le seul vrai événement : la vie comme un insaisissable.


11/03/2007 7:01
Hodges Marc, Albertine Mollet (0 commentaire)
"Léna Matouche revient. La précède une merveilleuse jeune femme blonde, cheveux tombant sur les épaules, léger tailleur de coton blanc (pantalon et boléro sur une chemise brodée), collier de diamant — plutôt impressionnant — scintillant au cou. D’un ton timide et simple, et un air d’un ton d’autant plus appris qu’il voulait paraître naturel, elle demande avec une douceur réservée : —Marie Gineste Cottard… Que puis-je faire pour vous aider?"

Interrogation d’Oriane (crayon de papier noir) : je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression d’avoir lu cela quelque part, peut-être dans Proust (Sodome et Gomorrhe?) Je trouve dans ce passage un ton à ma fois de familiarité et d’étrangeté, comme un écho de quelque chose déjà lu sans en avoir la certitude absolue. j’ai demandé «D’un ton timide et simple, et un air d’un ton d’autant plus appris qu’il voulait paraître naturel…» et Google m’a confirmé cette attribution en précisant «volume I» sans pour autant me permettre l’accès au texte intégral ce qui fait que je ne saurais jamais s’il y a plagiat de Marc Hodges ou réminiscence…


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